Table ronde avec… Mario Robau & Mélanie Stocker

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A l’issue du stage de Mario Robau & Mélanie Stocker qui a eu lieu du 14 au 16 décembre dernier chez Atlantic Danse Club, un atelier entre profs et stagiaires a permis d’échanger avec ces figures du West coast swing.
Simply West était là pour participer et retranscrire ce moment…

Stagiaire: Quelles sont les relations entre la « vieille » et la « jeune » génération?
Mario: Ca dépend de l’ego. L’âge n’a pas grand chose à voir avec ça. Toutes les relations ne sont pas authentiques. Il y a deux façons d’y parvenir: progresser ou écraser l’autre.
Stagiaire: Qu’en est-il de la technique,  y a-t-il des différences?
Mario: Le guidage, la connexion, c’est la même chose peu importe les générations. D’ailleurs c’est le cas pour toutes les danses. Ca ne concerne pas que le West coast swing. Par contre, qu’est ce qui fait l’essence de cette danse? Si on s’intéresse aux pas: « Marche-marche/triple-pas/triple-pas » c’est du West coast swing, ou de l’East coast swing, du Jitterbug, du Boogie, du Jive, du Lindy…?
Mélanie: Ces danses ont les mêmes pas…
Mario: Comment tu sais que c’est du West coast swing?
Stagiaire: La musique?
Mario: Non, pas la musique…
Mélanie: Tu peux danser sur la musique que tu veux.
Stagiaire: Plus de liberté?
Mario: Plus de liberté? La Salsa en offre beaucoup. Le Tango Argentin aussi et ses jeux de jambes pour la cavalière. La liberté n’est pas vraiment spécifique au West coast swing, beaucoup de danses en ont.
Stagiaire: Un mélange de toutes les danses?
Mario: Non, pas vraiment, le rock en est un.
Stagiaire: C’est vraiment une connexion entre les deux partenaires…
Mario: Mais toutes les danses ont une connexion. Donc, quelle est l’essence du West coast swing? Qu’est-ce qui définit le West coast swing?
Stagiaire: L’anchor step?
Mario: L’anchor step… Si je vois plus de rock n’ go que je ne vois d’anchor step, est-ce que je vois du West coast swing ou autre chose?
Si je parle 20% en Français et 80% en Anglais, est-ce qu’on peut dire à ce moment que je parle Anglais ou que je parle Français?
En West coast swing la figure débute quand la femme commence à marcher tout droit. Dans un rock n’ go y a-t-il un marche-marche? Alors si je vois plus de rock n’ go que je ne vois d’anchor, ou de marche-marche, est-ce que je vois toujours du West coast swing?
Et quant à  la ligne, si je vois beaucoup de déplacements en dehors, est-ce que je suis face à du West coast swing ou face à quelque chose d’autre?
Mélanie: Qu’est-ce qui nous permet de dire que c’est du West coast swing?… C’est le gros problème aujourd’hui, notamment lorsque l’on juge.
Mario: J’ai appris dans les bars. J’avais 16 ans… Un jour un vieux de la vieille me dit: « c’est drôle, aujourd’hui tu peux faire ce que tu veux en West coast swing,… sauf du West coast swing ».
Plus t’es à un niveau élevé, moins tu fais les bases. Quand tu débutes tu fais tes pas, tu restes en ligne… Plus tu progresses, moins tu le fais.
Saïd: Et c’est ce que disent les débutants d’ailleurs: « Quand on voit les niveaux avancés on voit jamais les pas, on voit plus rien ».
Mario: Et cela peu importe que tu sois ancien ou de la jeune génération. Il y a plein de jeunes nouveaux danseurs que je trouve incroyables! J’aime ce qu’ils font. Il y a aussi beaucoup d’autres danseurs, moins jeunes, dansant depuis 20 à 25 ans, qui ne comprennent pas l’essence de la danse. Le problème est là, et non avec la musique ou la personne.
Mélanie: Il y a beaucoup de danses avec la séquence marche-marche/triple-pas/triple-pas. Si on change trop la danse on ne voit plus ce que c’est. Avec le Boogie, le Jive, le Lindy, on sait ce que l’on a à faire, mais en West coast swing on fait n’importe quoi. Au sein d’une même région ou d’un même groupe, ça peut ne pas poser de problème, mais si quelqu’un vient de l’extérieur il va y en avoir un, car il ne connaitra pas les figures et les choses que l’on fait ici. Si j’ai appris à rester en ligne et que je danse avec un partenaire qui va partout ça me pose problème. Je ne comprend plus rien.

Stagiaire: Quels sont vos critères de jugement en compétition?
Mélanie:  En général on juge les trois T « Timing, Technique, Team work ». Il faut savoir cependant qu’il n’y a pas de règlement international. Je décide de mon côté ce qui est plus important pour moi. C’est une danse en couple alors si chacun fait son show de son côté, même si on a affaire à un haut niveau, ça ne me va pas. Mais pour d’autres peu importe ce qu’ils font si la technique de base est là. Aussi pour tel juge si ta technique est bonne c’est impossible que tu puisses tomber. Tel autre dira « oui mais tout le reste était parfait; musicalité, rythme, .. ». Le même couple pourra décrocher une première ou une dernière place!
Mario: Et ça dépend de ce que demande l’organisateur de l’évènement. C’est généralement lui qui décide. Certains cependant préfèreront s’en remettre au chef des juges et d’autres qu’il n’y ait pas d’orientation.
Stagiaire: Quand vous faîtes une compétition vous savez sur quoi vous allez être jugé ?
Mario: C’était comme ça avant, il y avait une réunion de danseurs où l’on pouvait demander ce qui allait être jugé, mais ça n’arrive plus. Pour une même danse on obtient des résultats différents selon les juges. Et selon l’organisateur avec les mêmes juges les résultats pourront être différents. Pour gagner il faut faire mieux que l’autre, mais tu dois faire mieux à mes yeux, faire mieux à ses yeux, faire mieux aux yeux d’un autre… et tu ne sais pas qui te regardes. C’est là la difficulté!
Mélanie: Oui et en West coast les gens font l’erreur de penser que dès lors qu’ils ont bien dansé ils doivent passer. C’est sans compter les autres. Tu peux ressentir avoir fait la danse de ta vie mais tu ne sais pas ce que les autres ont fait. C’est le principe de la compétition, même si tu danses bien il faut être meilleur que les autres.

Stagiaire: Les nouveautés viennent-elles toujours des U.S.?
Mario: Non, à mon avis en ce moment Lyon conduit la communauté de danse. Lyon et Paris, ce sont les deux plus fortes influences. Il y a là des gens créatifs.
Saïd:  D’autant plus que Lyon est une communauté régie par la compétition. Le dépassement de soi-même en explique l’évolution rapide.
Mario: Il y va aussi des voyages que font les profs, ainsi le Brésil avec le zouk. Certains partis y enseigner ont pris ce qu’ils ont vu et l’ont mis dans le West coast.
Mélanie: Les premières vraies grandes choses en Europe viennent de la France. Il y avait là un groupe de jeunes très motivés pour apprendre cette danse. La France a commencé à inviter pas mal d’américains. Ils ont dansé tous les jours, ce sont eux qui ont le plus travaillé. Alors ils ont jusqu’à maintenant le plus haut niveau, mais ça va changer parce que les Russes arrivent maintenant et de nombreux danseurs d’autres nations.
Mario: La Pologne aussi.
Quand du milieu des Etats-Unis, des Etats comme le Texas ou l’Oklahoma se sont mis à voyager vers l’Ouest, les danseurs ont commencé à concourir ensemble, dans les années 1981-1982, à ce moment là le West coast swing a évolué. Le West coast swing doit au Texas les tours et le Texas doit au West coast swing les syncopes. A la fin des années 80, début des années 90, quand les danseurs de Carolina shag se sont mis au West coast swing, c’est là qu’on a commencé à dérouler le pied en dansant, on ne le faisait pas avant. Entre 1990 et 1995, des danseurs de Country & Western se sont mis au West coast swing (Robert Royston, Ronnie Debenedetta, Kyle et Sarah). Peu de temps après, le Hustle et la Salsa ont également influencé le West coast. À mesure que les gens se mettaient à voyager et à se rendre au Royaume-Uni, en Angleterre et en Australie, le Ceroc a également joué un rôle. C’est à ce moment là qu’on a commencé à perdre les triples pas. Les gens se sont mis à faire des marche – marche – marche – marche…
En ce moment, le Zouk, le Zouk brésilien, la Kizomba, la Bachata; voilà ce qui est au goût du jour.
Stagiaire: Est-ce qu’on ne prend pas le risque de perdre la vraie nature du West coast swing en permettant d’y mettre autre chose?
Mario: Ca dépend du regard qu’on porte sur la danse, ça dépend de chacun. Je peux m’inspirer du style et des passes d’une autre danse, faire ça en respectant une ligne de danse, avec des marche-marche, avec un ancrage, et ça devient du West coast swing.
Mélanie:   Tu peux prendre tout ce que tu veux si tu changes pas la danse. Le problème n’est pas de mettre le truc mais de ne pas suffisamment penser à l’adapter au West coast swing. Même si c’est plus facile de le prendre tel quel je crois que c’est important de le changer. Si tu ne le fais pas ça ne te paraît pas grand chose, mais si tout le monde fait ça on perd les lettres. On dit de nous qu’on dénigre le jeune style, qu’on est old school, qu’on pousse la liberté vers le bas. Ca n’a pas de rapport, c’est juste en rapport avec se demander quelles sont les lettres. Tu écris ce que tu veux; un livre, un crime, quelque chose de romantique, je m’en fous, mais je veux savoir les lettres.
Stagiaire: En somme vous défendez les fondamentaux du West coast swing.
Mario: Qu’est-ce qui a changé le plus ma danse dans toute ma carrière? Je venais juste de gagner l’US Open, j’étais avec quelqu’un qui m’avait appris à danser et je frimais. Ce vieux de la vieille m’a dit: « Tu es vraiment démonstratif quand tu ne suis plus les basiques. N’es tu pas assez bon pour être démonstratif à l’intérieur de la danse? » Tout le monde peut danser en dehors de la danse. Les bons peuvent danser à l’intérieur de la danse et faire tout ce qu’ils veulent pour la musique. Ca a été le jour où j’ai commencé à faire des figures en 6 et 8 temps, commencer avec marche-marche, finir avec l’anchor, rester dans la ligne.
De retour à la maison avec ma victoire j’ai montré la vidéo à un des types qui m’avait enseigné. Il a dit: « ouais, pas mal… ». « Comment ça pas mal?!? je suis champion du monde, c’est fou! ». Il me dit de la repasser.  Je la repasse alors et il ajoute: « ok mais coupe le son », et là il me demande: « Qui chante, un homme ou une femme? », « Y a t il beaucoup de percus? », « Quelle est l’importance du clavier et de la guitare? ». J’ai dis que je ne comprenais pas la question… Il a répondu: « Exactement », puis il a ajouté :« Tes mouvements devraient être une enceinte visuelle ».
A la maison prend une vidéo sur youtube. Avec un papier cache tout en dessous des genoux du danseur, coupe le son et regarde si tu peux « écouter » la musique… C’est impossible!
C’est aussi pour ça que beaucoup ne considèrent pas le West coast swing comme une danse swing.

Stagiaire: Mélanie, qu’est-ce qui t’a amené à travailler avec Mario?
Mélanie: Il y a presque 20 ans, à Sacramento, il donnait un cours dans la salle énorme d’un hôtel. Elle était bondée. Il arrivait à faire faire quelque chose de difficile à tout le groupe, ça m’a vraiment impressionnée.
Puis quand le West coast a pris en Europe j’ai constaté que les gens n’étaient pas toujours bons entre eux, ne se disaient pas des choses gentilles, contrairement à la Californie où ce que je voyais était la joie des danseurs qui dansaient entre eux. J’aimais pas la direction que ça prenait, je me disais qu’on avait besoin de quelque chose de différent alors j’ai songé à Mario.
Le problème aujourd’hui c’est que c’est très visuel. Dans les grands stages les organisateurs ont peur de prendre quelqu’un qui n’a pas une chorégraphie actuelle, énormément cool, que tout le monde regarde sur youtube. Si vous nous voyez sur youtube c’est pas vraiment ce que vous voulez; la coiffure de Mario, les vêtements,… c’est l’horreur! (On a arrêté en 95, c’était il y a vingt ans…). Malgré tout je l’ai invité et depuis ce moment les gens ont adoré. Si vous faites attention il est toujours en Europe maintenant. C’est clair aujourd’hui on danse pas comme quelqu’un qui a 20 ans, on a le double. Déjà avec le corps c’est pas possible, mais je crois que les gens commencent à comprendre que c’est pas important de savoir si je suis capable de faire un bon show. Est ce que tu veux que je vienne te montrer que je suis capable de faire des trucs exceptionnels ou est ce que tu veux que je vienne t’enseigner à les faire ? C’est ça qui est important pour moi. Je comprends les gens qui se disent: « oh, j’ai vu ça sur youtube deux millions de fois; je veux voir ce couple », mais pour moi ce sont deux choses différentes: Voir ce couple et apprendre un peu, ou aller là où les gens me donnent ce qui est bien pour moi maintenant.
Stagiaire:  Il y a un truc qui me gêne; c’est quand quelqu’un qui ne sait pas ce que c’est tape « west coast swing » sur google et qu’il voit tout de suite Jordan et Tatiana. Il comprends pas: « J’vais en cours et j’vois pas les gens faire Jordan et Tatiana ».
Mélanie: Mais ça c’est peut être aussi la faute de beaucoup d’écoles de danse qui souvent essaient d’attirer les gens avec des vidéos comme ça. C’est mieux d’en donner de Jack n’ Jill inter ou avancé, c’est toujours joli. C’est clair que si la première chose que les gens voient c’est ça, après c’est difficile en arrivant de commencer avec un sugar push.

SW: Qu’est ce que vous appréciez dans la danse de l’autre ?
Mélanie: C’est de danser ensemble avec la musique. Pour tous les deux le plus important c’est la musique et nous on fait ce que la musique dit, pas ce qu’on a envie de faire. On est aussi très attentifs à l’autre. Si l’un des deux vient à faire une erreur, l’autre l’aide. D’ailleurs c’est ce qui m’a attiré dans le West coast. En compétition tu regardes pas les gens, tu regardes ton partenaire et tu fais attention à ce qu’il fait. Il y a aussi son guidage: Il me donne la chose juste au moment juste. Je déteste quand les mecs me cassent les bras.
Mario: Elle danse avec moi, d’autres dansent « contre » moi. Elle commence l’idée, je finis l’idée. Je commence l’idée, elle finis l’idée. C’est pas: je fais ça et elle j’ai envie de faire ça. Elle danse avec moi tout simplement…

Saïd: Comment trouvez-vous les gens de l’ouest, les nantais?
Mario: Tout le monde est très gentil, et très tolérant avec mon français.
Saïd: On a apprécié son français. Il est un des rares à faire autant d’efforts, et je pense que même ceux qui ne parlent pas l’anglais ont pu suivre les cours sans trop de problème.

SW: Mélanie tu es déjà venue ici, est-ce que tu as vu une évolution?
Mélanie: Oui, absolument.

SW: Une question pour les stagiaires, qu’avez vous le plus apprécié chez Mario et Mélanie?
Stagiaire: Ils sont très gentils et très précis. Ils prennent le temps de montrer.
Stagiaire: Quand ils expliquent tu sais pas où ils veulent en venir et tu te dis je vais jamais y arriver. Ils ne montrent pas ce qu’on va faire depuis le début, c’est par étapes. En fait leur pédagogie fait qu’à la fin on arrive à faire ce qui nous était incompréhensible au début.
Saïd: J’ajouterais leur faculté à déverrouiller certaines choses. Il y a énormément de passages sur lesquels on peut butter; la musicalité, les techniques, etc. Et quand ils viennent je ramasse à la pelle des verrous qu’ils ont débloqués.

Stagiaire: Pourquoi le West coast swing est si difficile par rapport à la Bachata ou d’autres danses que l’on peut danser au bout de trois mois?
Mélanie: Quand tu veux le pratiquer à un haut niveau oui absolument, mais dans les autres danses c‘est la même chose. Si tu veux apprendre la Valse et bien la danser, c’est pas facile du tout.
Saïd: Moi je dirai que que la faculté à se mettre sur la piste rapidement dépend de l’exigence que tu as avec toi même. J’ai plaisir à voir des débutants ayant démarré en septembre. Ils ont cinq à six leçons, ils dansent. Si au bout de trois mois on se dit il faut qu’on fasse des chorégraphies, forcément ça marchera pas avec toutes les cavalières. Mais si on se cantonne à faire uniquement des bases et bien on peut passer une agréable soirée.
Mélanie: On a cinq bases et un million de possibilités, est ce que la difficulté n’est pas plutôt là?
Mario: Oui ce qui rend cette danse difficile c’est qu’elle n’a pas été standardisée. Prenez cinq profs: pour deux pas simples ils vont vous en montrer cinq versions différentes. Lequel aura raison? C’est pour ça que les gens pensent que le West coast swing est difficile. Combien d’ancrages existe-t-il? Combien de façons de faire trois pas? De combien de façons différentes peut-on faire un nombre impair de transferts de poids du corps ? Il y a des centaines de façons de procéder, des milliers! C’est ça qui est difficile. La règle c’est: On reste sur place, on stretch et on fait un nombre impair de transferts de poids du corps. Le côté vers lequel on s’ouvre, l’amplitude du stretch, l’endroit où l’on pose son cinq, ça on s’en fiche! Moi ce qui m’importe c’est ton stretch et ton ancrage.
Mélanie: Si tu peux pas guider et suivre c’est difficile aussi mais aujourd’hui quelque soit la danse; le Lindy, le Boogie, le West coast swing, l’East coast swing, peu importe, on a trouvé un langage international pour le guidage. Si tu veux que je fasse un pas en arrière guide moi en arrière, si tu veux que j’avance vite guide moi vite. Ca m’intéresse pas si tu me tires. Si tu te sers de ton corps, je suis ce que tu me donnes. Aujourd’hui peu importe ce que tu fais si tu es un bon danseur dans le respect de cette langue.
Mario: Une autre chose qui rend le West coast swing difficile est le fait que c’est une des quelques danses où la danseuse a à changer ses pas de base. Sauf si je me limite à des figures en 6 et 8 temps, et que je ne fais pas de rock n’go.

Puis, il fut grand temps de libérer les profs, dont Mario impatient d’assister au match Houston-Cleveland!… 🙂

Nous vous invitons à faire un tour sur les sites de Mario Robau et de Mélanie Stocker  et nous vous laissons apprécier cette petite vidéo ci-dessous, avec ou sans musique 😉